Déclaration de succession : délai légal et pénalités de retard ?

Déclaration de succession : délai légal et pénalités de retard ?

Pourquoi le délai de déclaration de succession est un sujet aussi sensible

Lorsqu’un proche décède, la famille pense d’abord aux démarches urgentes, au notaire, au logement, aux comptes bancaires et aux obsèques. Pourtant, un autre sujet devient rapidement central : la déclaration de succession. Cette formalité permet à l’administration fiscale de liquider les droits de succession et, lorsqu’elle est obligatoire, elle doit être déposée dans un délai légal précis. Le site des impôts rappelle que son dépôt est en principe obligatoire pour permettre la liquidation et le paiement des droits de succession. 

Ce sujet est sensible parce que beaucoup d’héritiers ignorent qu’il ne suffit pas d’attendre le règlement global de la succession pour se mettre en règle. En matière fiscale, le temps court dès le décès, avec des délais qui varient selon le lieu du décès et certaines situations particulières. Le Code général des impôts fixe un délai de six mois quand le défunt est décédé en France métropolitaine, et d’un an dans les autres cas. 

Le problème est que le retard ne reste pas neutre. En cas de dépôt tardif, des intérêts de retard peuvent s’appliquer au taux de 0,20 % par mois. À cela peuvent s’ajouter des majorations, notamment 10 % dans certains cas liés aux successions, et 40 % si la déclaration n’est pas déposée dans les 90 jours suivant une mise en demeure. 

Autrement dit, la déclaration de succession n’est pas une simple formalité administrative parmi d’autres. C’est une démarche fiscale à délai contraint, avec un coût réel en cas d’oubli ou d’attente excessive. Pour bien la comprendre, il faut répondre à plusieurs questions : quand faut-il déclarer, qui doit le faire, où déposer la déclaration, existe-t-il des cas de dispense, et que risque-t-on exactement en cas de retard. 

Ce qu’est exactement la déclaration de succession

La déclaration de succession est le document fiscal qui recense l’identité du défunt, l’identité des héritiers, légataires ou donataires, la composition de l’actif successoral, le passif successoral, ainsi que les donations antérieures à rappeler selon les règles applicables. Impots.gouv.fr précise qu’elle doit notamment contenir l’identité du défunt, le détail des dispositions testamentaires, le rappel des donations antérieures, l’énumération et l’estimation détaillée des biens, ainsi que le montant des dettes du défunt. 

Le formulaire 2705-SD rappelle lui aussi qu’en cas d’acceptation de la succession, le dépôt d’une déclaration est obligatoire, sauf cas de dispense. Il ne s’agit donc pas d’un simple document d’information : c’est l’acte fiscal à partir duquel l’administration calcule les droits éventuellement dus. 

La déclaration ne se confond pas avec les autres démarches liées au décès. Elle n’est pas la déclaration de décès en mairie, elle n’est pas non plus l’acte de notoriété, ni l’attestation immobilière, ni le règlement civil complet de la succession. C’est une formalité fiscale autonome, même si dans la pratique elle s’insère souvent dans le travail du notaire. 

Qui doit souscrire la déclaration de succession

Impots.gouv.fr indique que la déclaration doit être souscrite par les héritiers, légataires ou donataires qui n’ont pas expressément renoncé à la succession. Le site précise également que les légataires et donataires ne sont solidaires ni entre eux ni avec les héritiers, et que chacun doit donc, en principe, souscrire une déclaration. Il est toutefois possible de se réunir pour rédiger une déclaration unique portant sur l’intégralité de la succession et signée par chacun. 

L’article 800 du CGI vise également les tuteurs ou curateurs, ainsi que les représentants légaux des mineurs concernés. Cela signifie qu’une succession impliquant un héritier mineur ou protégé ne suspend pas l’obligation déclarative : elle adapte simplement la personne chargée de l’accomplir. 

En pratique, lorsque plusieurs héritiers sont concernés, le plus fréquent est la mise en place d’une déclaration unique préparée par le notaire et signée dans le cadre d’un dossier commun. Mais juridiquement, l’obligation ne disparaît pas parce que les héritiers sont plusieurs. 

Le délai légal de principe : 6 mois ou 12 mois

Le délai de principe est fixé par l’article 641 du Code général des impôts. Il est de six mois à compter du jour du décès lorsque le défunt est décédé en France métropolitaine. Il est d’une année dans tous les autres cas. Le BOFiP reprend la même règle générale. 

Cette distinction a une portée très concrète. Si le décès a eu lieu en métropole, les héritiers disposent en principe de six mois pour déposer la déclaration. Si le décès a eu lieu hors de métropole, on bascule en principe sur le délai d’un an, sauf cas particuliers plus spécifiques rappelés par l’administration fiscale pour certains territoires. 

Le point de départ est le jour du décès. Ce n’est pas la date du rendez-vous chez le notaire, ni la date à laquelle tous les héritiers ont été identifiés, ni la date à laquelle le patrimoine a été totalement reconstitué. Cette règle explique pourquoi le temps peut sembler très court lorsque la succession est complexe ou conflictuelle. 

Le cas particulier du délai de 24 mois

Il existe un cas particulier important : l’article 641 bis du CGI prévoit que les délais de l’article 641 sont portés à vingt-quatre mois pour les déclarations de succession comportant des immeubles ou des droits immobiliers pour lesquels le droit de propriété du défunt n’avait pas été constaté avant son décès par un acte régulièrement transcrit ou publié, à condition que les attestations notariées nécessaires soient publiées dans le même délai. 

Impots.gouv.fr reprend également ce cas de figure en indiquant que le délai de dépôt est de 24 mois lorsque le défunt avait des immeubles ou des droits immobiliers pour lesquels son droit de propriété n’avait pas été constaté antérieurement à son décès par un acte régulièrement transcrit ou publié. 

Ce délai spécial ne s’applique donc pas à toute succession immobilière. Il ne vise pas le simple fait qu’il y ait une maison ou un appartement dans la succession. Il vise une situation bien plus précise : celle où la propriété du défunt n’avait pas encore été juridiquement constatée par les formalités foncières requises. 

Les cas particuliers territoriaux

Le régime de délai connaît aussi des particularités territoriales. Les résultats Légifrance sur les articles 641 et 642 montrent par exemple que, dans certains départements d’outre-mer, les délais peuvent être adaptés selon le lieu du décès et le domicile du défunt. Les extraits consultés rappellent notamment des délais de six mois dans certains cas locaux et d’un an dans d’autres. Impots.gouv.fr mentionne aussi des cas spécifiques pour La Réunion et Mayotte dans certaines hypothèses de décès survenu ailleurs. 

Pour un dossier concret, il faut donc éviter les raccourcis. Le réflexe “c’est toujours six mois” est faux. Il est vrai pour la métropole dans la plupart des cas, mais il existe des exceptions géographiques et foncières importantes. 

Où doit-on déposer la déclaration

Impots.gouv.fr précise que la déclaration de succession doit être déposée auprès du service de l’enregistrement dont dépendait le domicile du défunt. Le site ajoute que les coordonnées du service compétent sont consultables dans la rubrique Contact et RDV. 

Cette précision est utile car beaucoup de familles pensent que la déclaration se dépose forcément chez le notaire ou au centre des impôts de leur propre domicile. En réalité, le service compétent est déterminé par le domicile du défunt. 

Le site des impôts précise également qu’il n’est pas nécessaire d’envoyer un certificat de décès au centre des finances publiques du domicile du défunt. Cela évite une démarche inutile souvent faite par précaution. 

L’intervention du notaire est-elle obligatoire

L’intervention du notaire n’est pas obligatoire dans toutes les successions, mais elle l’est dans plusieurs cas fréquents. Impots.gouv.fr rappelle qu’elle est incontournable lorsqu’il existe des biens immobiliers ou des droits réels immobiliers transmis, ainsi que lorsqu’il y a un testament, des donations entre époux, des donations antérieures, ou lorsqu’un acte de notoriété est nécessaire. 

Impots.gouv.fr, dans une autre fiche, précise également que l’intervention du notaire est obligatoire lorsque des biens immobiliers ou des droits réels immobiliers sont transmis, notamment parce qu’il doit établir l’attestation de propriété pour la publicité foncière. 

En pratique, même lorsque le notaire n’est pas juridiquement obligatoire, il est souvent très utile dès qu’il existe plusieurs héritiers, un passif à reconstituer, des donations antérieures, un doute sur l’actif successoral ou un risque de retard fiscal. Le délai fiscal, lui, ne s’interrompt pas parce que la famille hésite encore à saisir un notaire. 

Les cas de dispense de dépôt

La déclaration de succession est en principe obligatoire, mais l’article 800 du CGI prévoit des dispenses précises. Sont dispensés de souscrire une déclaration détaillée les ayants cause en ligne directe, le conjoint survivant et le partenaire de PACS lorsque l’actif brut successoral est inférieur à 50 000 euros, à condition qu’ils n’aient pas bénéficié antérieurement de la part du défunt d’une donation ou d’un don manuel non enregistré ou non déclaré. Sont également dispensées les autres personnes lorsque l’actif brut successoral est inférieur à 3 000 euros. 

Impots.gouv.fr reprend la même règle dans sa FAQ récente : pas d’obligation de dépôt lorsque l’actif brut successoral est inférieur à 50 000 euros pour les héritiers en ligne directe et le conjoint survivant, sous condition d’absence de donations ou dons manuels non enregistrés ou non déclarés, et inférieur à 3 000 euros pour les autres héritiers. 

Cette dispense est importante mais elle doit être lue avec rigueur. D’abord, elle s’apprécie sur l’actif brut, c’est-à-dire avant déduction des dettes. Ensuite, elle n’est pas générale : elle dépend du lien avec le défunt et de l’existence ou non de donations antérieures non régulièrement enregistrées ou déclarées. Enfin, elle ne supprime pas les autres formalités civiles éventuellement nécessaires, notamment en présence d’immobilier. 

Actif brut successoral : pourquoi cette notion compte tant

Le seuil de dispense repose sur l’actif brut successoral. Impots.gouv.fr précise expressément qu’il s’agit de l’ensemble des biens avant déduction des dettes. Cette précision est souvent mal comprise. Beaucoup de familles pensent qu’une succession très endettée permet automatiquement d’éviter la déclaration. Ce n’est pas la bonne lecture. Le seuil de 50 000 euros ou de 3 000 euros se calcule avant passif. 

Cela signifie qu’une succession avec 70 000 euros d’actif et 40 000 euros de dettes ne bénéficie pas, par ce seul fait, de la dispense liée au seuil de 50 000 euros. L’actif brut reste supérieur au plafond. 

Cette distinction est essentielle, car elle évite beaucoup de mauvaises surprises. Une famille peut croire de bonne foi qu’il n’y a “presque rien” après dettes et découvrir ensuite que l’obligation déclarative existait bien. 

Que faut-il déclarer exactement

Impots.gouv.fr détaille les éléments à mentionner dans la déclaration : identité du défunt, identité et qualité des héritiers, détail des dispositions testamentaires, rappel des donations antérieures, énumération et estimation détaillée de tous les biens, qu’ils soient imposables ou exonérés, énumération et montant des dettes, ainsi qu’une affirmation de sincérité. 

Le site ajoute qu’en pratique une déclaration de succession comprend, outre le formulaire 2705, l’identification des personnes appelées à la succession sur l’imprimé 2705-S, ainsi que le détail de l’actif et du passif sur le formulaire 2706. 

Cela montre bien qu’une déclaration de succession n’est pas seulement une formalité de surface. Elle demande une reconstitution patrimoniale réelle. C’est d’ailleurs l’une des raisons majeures des retards : beaucoup de familles sous-estiment le temps nécessaire pour rassembler correctement l’actif, le passif et l’historique des donations. 

Peut-on déposer une déclaration incomplète ou estimative

Le site des impôts rappelle qu’en principe les biens transmis sont évalués à leur valeur vénale au jour du décès et que les droits sont assis sur une déclaration estimative des redevables. Cela signifie que la déclaration n’a pas besoin de reposer sur une vérité absolue mathématique impossible à obtenir, mais sur une estimation sincère et sérieuse au jour du décès. 

Cette précision est très utile en pratique. Beaucoup d’héritiers retardent le dépôt en pensant devoir attendre une certitude totale sur chaque poste. Or le système fiscal admet une logique déclarative estimative, à condition qu’elle soit sincère et documentée. 

En revanche, une déclaration estimative ne doit pas devenir un prétexte à l’imprécision volontaire. Si des insuffisances, omissions ou inexactitudes sont relevées, d’autres pénalités peuvent s’ajouter au simple retard. Le sujet de votre article portant sur le délai et le retard, il faut surtout retenir que le blocage absolu dans l’attente d’une perfection documentaire peut coûter très cher. 

L’intérêt de retard : la première pénalité à connaître

La première pénalité de retard est l’intérêt de retard prévu à l’article 1727 du CGI. Son taux est de 0,20 % par mois. Il s’applique sur le montant des créances fiscales mises à la charge du contribuable ou dont le versement a été différé. 

L’article 1727 précise également que l’intérêt est calculé à compter du premier jour du mois suivant celui au cours duquel l’impôt devait être acquitté, jusqu’au dernier jour du mois du paiement. Pour les cas où l’article 1728 s’applique, son décompte s’arrête au dernier jour du mois de la proposition de rectification ou du mois au cours duquel la déclaration ou l’acte a été déposé. 

En pratique, cela signifie qu’un retard, même sans intention frauduleuse, coûte de l’argent. L’intérêt de retard n’est pas une sanction morale ; c’est une compensation financière du temps pendant lequel l’impôt n’a pas été payé. Il frappe donc les dépôts tardifs même en dehors d’une logique de fraude caractérisée. 

La majoration de 10 % en cas de retard

L’article 1728 du CGI prévoit une majoration spécifique pour les déclarations de succession visées à l’article 800. Pour ces déclarations, la majoration de 10 % est applicable à partir du premier jour du septième mois suivant celui de l’expiration des délais de six mois et de vingt-quatre mois prévus respectivement aux articles 641 et 641 bis. 

Cette formulation mérite d’être bien comprise. Pour une succession soumise au délai de six mois, la majoration de 10 % ne tombe pas immédiatement le lendemain de l’expiration du délai. Elle devient applicable à partir du premier jour du septième mois suivant l’expiration de ce délai. En clair, il existe un laps de temps supplémentaire avant que cette majoration particulière ne s’applique, mais l’intérêt de retard, lui, peut déjà courir. 

C’est précisément ce mécanisme qui explique pourquoi certains dossiers accumulent d’abord des intérêts, puis des intérêts plus une majoration. Beaucoup de contribuables connaissent l’un ou l’autre de ces dispositifs, mais pas leur articulation. 

La majoration de 40 % après mise en demeure

L’article 1728 prévoit aussi une majoration de 40 % lorsque la déclaration de succession n’a pas été déposée dans les quatre-vingt-dix jours suivant la réception d’une mise en demeure d’avoir à la produire dans ce délai. Cette règle figure clairement sur Légifrance. 

Cette majoration change totalement la gravité du retard. On n’est plus seulement dans l’oubli ou le dépassement spontané d’un délai initial. On est dans la persistance du manquement malgré un rappel formel de l’administration. C’est pourquoi le taux grimpe fortement. 

En pratique, cela signifie qu’il faut prendre toute mise en demeure extrêmement au sérieux. À partir du moment où l’administration a expressément demandé le dépôt de la déclaration par un courrier formel, continuer à attendre devient fiscalement très coûteux. 

Intérêts de retard et majorations : comment ils se cumulent

Le sujet est souvent mal compris. L’intérêt de retard de l’article 1727 et les majorations de l’article 1728 ne sont pas la même chose. L’intérêt compense le paiement tardif de l’impôt ; la majoration sanctionne le défaut ou le retard déclaratif. Les deux peuvent donc se cumuler. L’article 1727 rappelle d’ailleurs expressément qu’en cas d’application de l’article 1728, son décompte s’arrête au dernier jour du mois de la proposition de rectification ou du mois du dépôt de la déclaration. 

Dans un dossier de succession, cela signifie qu’un héritier peut avoir à payer les droits simples, plus l’intérêt de retard, plus la majoration de 10 % ou de 40 % selon le stade atteint. Ce n’est donc pas une alternative entre sanctions, mais souvent un empilement. 

C’est ce cumul qui rend les retards particulièrement pénalisants, surtout lorsque les droits dus sont élevés. Plus la masse taxable est importante, plus le coût du retard augmente vite. 

Peut-on éviter une partie des pénalités en régularisant spontanément

Oui, dans certaines conditions. L’article 1727 prévoit une réduction de 50 % du montant dû au titre de l’intérêt de retard en cas de dépôt spontané, avant l’expiration du délai de reprise de l’administration, d’une déclaration rectificative, à condition que la régularisation ne concerne pas une infraction exclusive de bonne foi et qu’elle soit accompagnée du paiement des droits simples, ou d’un plan accepté selon les cas. 

Cette règle vise surtout la régularisation spontanée avant contrôle approfondi. Elle montre que le système fiscal valorise, au moins partiellement, la correction volontaire des erreurs ou omissions. 

Dans l’esprit de votre sujet, cela signifie qu’attendre passivement une relance ou une mise en demeure est souvent une mauvaise stratégie. Lorsqu’un retard est déjà acquis, une régularisation spontanée reste généralement préférable à l’inaction. 

Quelles sont les conséquences pratiques d’un dépôt tardif

Le dépôt tardif entraîne d’abord une charge financière supplémentaire. Mais ses conséquences sont aussi plus larges. Il peut retarder le règlement global de la succession, compliquer les opérations de partage, créer des tensions entre héritiers, et détériorer les relations avec l’administration fiscale. Plus le dossier traîne, plus la pression monte. 

Dans certaines situations, le retard fiscal se combine à d’autres difficultés : bien immobilier non publié, désaccord sur l’évaluation d’un bien, donations antérieures mal connues, contrats d’assurance-vie à qualifier, comptes bancaires retrouvés tardivement. Le délai fiscal, lui, ne s’adapte pas spontanément à ces complications. C’est pourquoi une bonne stratégie consiste souvent à avancer sur la déclaration même lorsque tous les points ne sont pas encore parfaitement apaisés. 

Pourquoi les retards sont fréquents

Ils sont fréquents pour des raisons très simples. D’abord, la période du décès est émotionnellement difficile. Ensuite, les héritiers sous-estiment souvent la technicité du dossier. Ils pensent avoir “le temps”, surtout lorsque le notaire n’a pas encore pu tout reconstituer. Enfin, beaucoup ignorent les seuils de dispense, les délais spéciaux ou l’articulation entre intérêts et majorations. 

Une autre cause fréquente de retard est la fausse croyance selon laquelle la présence d’un notaire suspendrait automatiquement tout risque. Or même avec un notaire, le temps fiscal continue de courir. Le notaire aide, structure et sécurise, mais il n’annule pas le calendrier légal. 

Peut-on déposer sans avoir tout réglé civilement

Oui, et c’est souvent une question essentielle. Le dépôt de la déclaration fiscale n’exige pas que tous les biens aient déjà été partagés ni que la succession soit entièrement liquidée au plan civil. La logique de la déclaration est fiscale : elle vise à permettre l’évaluation et l’imposition des droits. Impots.gouv.fr rappelle d’ailleurs que les droits sont assis sur une déclaration estimative des redevables. 

Cela signifie qu’un blocage entre héritiers, une discussion sur le partage, ou l’attente d’une vente immobilière n’empêchent pas nécessairement de déposer la déclaration. Beaucoup de familles confondent règlement civil de la succession et obligation fiscale de déclaration. C’est précisément cette confusion qui coûte cher. 

Que faire si la succession est complexe

Lorsqu’une succession est complexe, le plus important est d’anticiper tôt. Il faut identifier rapidement l’actif, le passif, les donations antérieures, les immeubles, les éventuels contrats d’assurance-vie et les héritiers concernés. Plus ce travail commence tôt, plus les délais sont maîtrisables. 

Il faut aussi vérifier très tôt si l’on est dans un cas particulier : décès hors métropole, situation immobilière relevant du délai de 24 mois, seuil de dispense, ou nécessité notariale obligatoire. Une erreur de qualification sur le délai applicable peut suffire à faire basculer un dossier dans les pénalités. 

Dans la plupart des successions complexes, le recours au notaire n’est pas seulement prudent, il est souvent indispensable. Mais même avec lui, la bonne pratique consiste à traiter la déclaration comme une échéance à part entière, pas comme la dernière étape d’un dossier. 

Les erreurs les plus fréquentes

La première erreur est de croire que tout le monde est dispensé si la succession est “petite”. Or la dispense obéit à des seuils et à des conditions précises. La deuxième est de confondre actif brut et actif net. La troisième est de croire que le délai commence quand le notaire a terminé ses recherches. La quatrième est d’ignorer le délai spécial de 24 mois dans certains dossiers immobiliers. La cinquième est d’attendre une mise en demeure avant de réagir. 

Une autre erreur classique consiste à ne regarder que la majoration de 10 % et à oublier l’intérêt de retard, ou inversement. En réalité, ce sont souvent les deux qu’il faut avoir en tête. 

La bonne méthode pour éviter les pénalités

La bonne méthode est très concrète. Dès le décès, il faut identifier le délai applicable, vérifier si la dispense peut jouer, déterminer si un notaire est obligatoire, réunir rapidement les informations sur l’actif et le passif, puis préparer ou faire préparer la déclaration sans attendre un règlement civil parfait. 

Lorsque le risque de retard apparaît, il vaut mieux régulariser spontanément au plus tôt que laisser courir le temps jusqu’à la mise en demeure. L’intérêt de retard et les majorations montrent clairement que l’inaction est la pire stratégie. 

Les repères essentiels pour ne pas se tromper

SituationDélai ou règle applicablePoint de vigilance
Décès en France métropolitaine6 mois à compter du décèsRègle de principe de l’article 641 CGI 
Décès dans les autres cas12 mois en principeVérifier les particularités territoriales 
Immeubles ou droits immobiliers non constatés par acte publié avant le décès24 moisCas spécial de l’article 641 bis CGI 
Héritiers en ligne directe, conjoint ou partenaire de PACSDispense possible si actif brut < 50 000 € et absence de dons/donations non déclarésLe seuil s’apprécie sur l’actif brut 
Autres héritiersDispense possible si actif brut < 3 000 €Seuil très bas, à ne pas confondre avec l’actif net 
Dépôt hors délaiIntérêt de retard de 0,20 % par moisPeut s’ajouter aux majorations 
Retard prolongé en successionMajoration de 10 % dans les conditions prévues à l’article 1728Ne pas croire qu’elle tombe immédiatement le lendemain du délai initial 
Déclaration non déposée après mise en demeureMajoration de 40 % après 90 joursSituation nettement plus grave 
Présence d’un immeubleNotaire en pratique obligatoireIndépendamment de la question du délai fiscal 
Dossier complexe mais encore incompletDéclarer reste souvent possible sur une base estimative sincèreNe pas attendre une perfection absolue pour agir 

Questions fréquentes sur le délai et les pénalités

Quel est le délai normal pour déposer une déclaration de succession ?
Le délai normal est de 6 mois à compter du décès si le défunt est décédé en France métropolitaine, et de 12 mois dans les autres cas, selon l’article 641 du CGI. 

Existe-t-il un délai de 24 mois ?
Oui. L’article 641 bis du CGI prévoit un délai de 24 mois pour certaines successions comportant des immeubles ou droits immobiliers dont la propriété du défunt n’avait pas été constatée avant son décès par un acte régulièrement transcrit ou publié, sous condition de publication des attestations notariées dans ce délai. 

Le délai commence-t-il à courir au rendez-vous chez le notaire ?
Non. Il commence à courir à compter du jour du décès. 

La déclaration est-elle toujours obligatoire ?
En principe oui, mais il existe des dispenses prévues par l’article 800 du CGI, notamment lorsque l’actif brut est inférieur à 50 000 € pour certains ayants droit en ligne directe, le conjoint survivant ou le partenaire de PACS, sous conditions, ou inférieur à 3 000 € pour les autres héritiers. 

Le seuil de dispense s’apprécie-t-il après déduction des dettes ?
Non. Impots.gouv.fr précise qu’il s’agit de l’actif brut successoral, c’est-à-dire avant déduction des dettes. 

Qui doit faire la déclaration ?
Les héritiers, légataires ou donataires qui n’ont pas renoncé à la succession doivent la souscrire. Ils peuvent toutefois rédiger une déclaration unique signée par chacun. 

Où faut-il déposer la déclaration ?
Auprès du service de l’enregistrement dont dépendait le domicile du défunt. 

Un notaire est-il toujours obligatoire ?
Non, pas toujours. Mais il est obligatoire notamment lorsqu’il existe des biens immobiliers ou des droits réels immobiliers transmis, ainsi que dans d’autres cas comme la présence d’un testament ou de donations entre époux. 

Que risque-t-on en cas de retard ?
Vous risquez d’abord l’intérêt de retard au taux de 0,20 % par mois, auquel peuvent s’ajouter des majorations prévues par l’article 1728 du CGI. 

Quelle est la majoration de 10 % ?
Pour les déclarations de succession visées à l’article 800, la majoration de 10 % est applicable à partir du premier jour du septième mois suivant celui de l’expiration des délais de six mois ou de vingt-quatre mois selon le cas. 

Quand la majoration de 40 % s’applique-t-elle ?
Elle s’applique si la déclaration n’a pas été déposée dans les 90 jours suivant la réception d’une mise en demeure de la produire. 

Les intérêts de retard et les majorations se cumulent-ils ?
Oui, ils peuvent se cumuler : l’intérêt de retard de l’article 1727 et les majorations de l’article 1728 ne poursuivent pas exactement la même fonction. 

Peut-on éviter une partie des pénalités en régularisant spontanément ?
L’article 1727 prévoit, dans certaines conditions, une réduction de 50 % du montant dû au titre de l’intérêt de retard en cas de régularisation spontanée. 

Peut-on déposer même si la succession n’est pas totalement réglée entre héritiers ?
Oui. La déclaration a une logique fiscale et peut reposer sur une estimation sincère des biens au jour du décès, sans attendre un partage civil intégralement finalisé. 

Faut-il envoyer un certificat de décès au centre des finances publiques ?
Non. Impots.gouv.fr précise qu’il n’est pas nécessaire d’envoyer un certificat de décès au centre des finances publiques du domicile du défunt. 

Pourquoi les familles déposent-elles souvent trop tard ?
Parce qu’elles confondent souvent règlement civil de la succession et obligation fiscale, sous-estiment la technicité du dossier ou pensent à tort que la présence d’un notaire suspend le délai. 

La mise en demeure est-elle un simple rappel sans conséquence ?
Non. Elle peut faire basculer le dossier vers une majoration de 40 % si la déclaration n’est toujours pas déposée dans les 90 jours. 

Quelle est l’erreur la plus fréquente ?
La plus fréquente est de croire que la dispense ou le calcul du seuil se font sur l’actif net, alors que le droit retient l’actif brut successoral

Déclaration de succession : délai légal et pénalités de retard ?

Des questions ?

Nous sommes disponibles pour répondre à vos questions.

06.52.00.45.38